Le baron de la nuit

Jonathan, aka Big John, a été pendant une dizaine d’année videur de boite de nuit. Des boites de banlieue parisienne au Baron, la boite la plus branchée de la capitale, le quarantenaire au physique de colosse a rapidement gravi les échelons. Dans son bouquin sorti récemment, il revient sur sa carrière ratée de basketteur pro et ses nuits à tenir la porte pour de riches fêtards.

Il a la voix posée et le regard franc. Engoncé dans un long manteau noir, un béret vissé sur la tête, il prévient d’emblée « je ne parle ni de mes enfants, ni de ma femme. Je ne veux pas les exposer à quelconque égard ». Car dans son métier, il ne s’est pas fait que des amis. A force de refouler des gens devant la porte des boites de nuit, il a eu quelques soucis. Des bagarres, des insultes, des menaces, des plaintes déposées, et même une fois, « un calibre braqué sur le front ». Pour autant, pas le droit d’avoir peur « si tu commences à avoir peur, tu tombes dans un cercle vicieux et c’est pas bon.» explique le gaillard. Il poursuit : « La nuit, tu as du bon et du mauvais, il faut juste trouver son équilibre. »

Le physio phare de la capitale ©Lucas Chedeville

Le physio phare de la capitale ©Lucien Chenu

Ancien basketteur pro

Gamin, Jonathan rêve de devenir basketteur. Repéré par un agent lors d’un tournoi de basket organisé par Nike, il part aux states dans un lycée afin de coupler ses études avec du basket à haut niveau. Mais l’expérience tourne vite en rond : « L’équipe ne gagne pas tous les matchs et on me le fait payer. A la fin de l’année je suis rentré en France ». De retour dans l’Héxagone il s’inscrit en BEP comptabilité et commence à jouer à Sceaux. Pendant plusieurs années, il est baladé de clubs en clubs dans tout le pays au gré des contrats qui s’offrent à lui.

Puis le ras-le-bol s’installe. Il commence à sortir, savourant son statut de joueur professionnel pour briller dans les boites. Il prend du poids, n’est plus en forme physique pour jouer à haut niveau. Il décide de mettre sa carrière en pause et de se reconvertir.

« A ce moment j’ai rencontré Barry, qui était le pote d’un pote. C’est devenu un très bon ami. »

Travail d’adaptation

Il se fait engager au Cap Ouest, une boite des Yvelines qui brasse 1 500 clients par soir. « Je découvre l’envers du décor. Jusqu’à présent j’étais jamais entré dans une boite autrement que pour m’y éclater ». Les boites de banlieue c’est bien, mais elles n’ouvrent que le week-end. Il doit faire des extras pour payer ses factures et se fait engager au Baron, une des boites les plus prestigieuses de la capitale. Là commence un travail d’adaptation.

« Les gens qui fréquentaient cette boite n’étaient pas de mon milieu. Il y avait des gens super connus du cinéma, de la musique ou du show-biz que je ne connaissais pas et ça m’a joué des tours. Une fois j’ai laissé Philipe Starck ou Gilles Lelouche poireauter à la porte, tout simplement parce que je pensais que c’étaient des clients comme les autres. On doit se mettre au niveau dans ce genre d’endroits ».

Alors c’est les sorties au théâtre, au ciné, la lecture de bouquins et des magazines pour savoir qui est qui. De cette période se concrétise l’envie et surtout la possibilité d’écrire. « J’avais toujours aimer ça. Puis un jour j’ai rencontré quelqu’un qui m’a mis en relation avec des gens de l’édition ».

C’est le début de travail acharné. Quand il termine à 5 du mat, John rentre chez lui, bosse 4h, va se coucher, et recommence à réécrire afin de prendre son poste.

Tenir la porte, c’est bien pendant quelque temps, mais c’est usant. « Au bout de 12 ans, j’ai commencé clairement à me lasser ». Alors il attend, « cherche de nouvelles perspectives pro » et prépare une adaptation TV de son bouquin. Avant peut-être de voir une boite du point de vue du patron.

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