Un zeste de folie à Radio Citron

Un zeste de folie à Radio Citron

C’est l’histoire remarquable d’une web radio entièrement pilotée par d’anciens patients d’hôpital psychiatrique. Huit ans déjà que Radio Citron donne le micro à des personnes un peu ‘’spéciales’’, pour le plus grand bonheur de ses auditeurs.

Pressons, pressons, c’est l’heure de Radio Citron ». Le jingle donne le top départ de l’émission. Après une brève introduction, Serge, l’un des deux animateurs, lance les hostilités. Il se met debout, face au public, et entame une interprétation d’Amoureux, de Véronique Sanson. Bouche bée face à ce chant, le public reste silencieux. Un tonnerre d’applaudissements accompagne la fin de la prestation.

Tout au long de l’émission, les chroniqueurs se succèdent face à Serge et à sa comparse. Du poème chanté, en passant par la chronique cinéma, la lecture d’une histoire, ou l’interview de Pierre Servent, le conducteur de l’émission ne manque pas de diversité.

Pause de 10mn à la moitié de l’émission

A l’aise au micro, on ne pourrait pas se douter que ces personnes sortent d’hôpital psychiatrique. Pas étonnant. « Il faut rester un petit moment pour discerner qui est malade ou non, explique Colette, à l’origine de Radio Citron. C’est une fois sortis des symptômes graves qu’ils viennent dans des structures comme celles-ci ».

La structure dont elle parle, c’est la fondation de l’Elan Retrouvé, un Service d’Accompagnement à la Vie Sociale (SAVS). « On intervient pour faire sortir les gens de l’isolement, créer du lien social. Après leur sortie de l’hôpital, c’est compliqué. » ajoute Rozenn, chef de service.

« Comment voulez-vous qu’ils prennent contact avec le monde extérieur ? Pendant leur séjour, ils sont confinés à l’hôpital. Ici, on essaie vraiment de les faire sortir, de les mélanger au grand public. » continue Colette.

La tâche n’est pas aisée. « Les maladies mentales font peur », reconnaît-elle. « Quand on s’est installé, on a reçu un coup de fil d’une mère qui nous disait qu’elle avait peur que ses deux gosses rencontrent des gens du SAVS en rentrant des cours. J’avais envie de lui péter la gueule » lâche la psychothérapeute en rigolant.

Au SAVS de l’Élan Retrouvé, la créativité est stimulée. Colette, à droite, fait la conversation avec un habitué.

Surfer sur les ondes d’Argentine

En cherchant à mélanger les anciens patients au reste du monde, l’équipe de l’Elan Retrouvé avait d’abord pensé organiser des ateliers ouverts à tous. Un échec retentissant. « Seulement deux personnes sont venues », se rappelle-t-on ici. Et puis Colette rencontre par hasard un animateur radio qui exerçait en Argentine depuis 20 ans. « On s’est dit : c’est ça qu’il nous faut ! »

En plaçant le micro entre l’ancien patient et l’auditeur, ils sont moins inhibés. « En leur rappelant qu’ils ne sont pas seuls, ils ont pris le micro avec beaucoup de plaisir et de facilité. ». Radio Citron entrait ainsi en phase de gestation.

 Sauf qu’aucun membre de la fondation n’était habitué à la radio. « Une formation express de deux semaines, et on s’est lancé ! Je pensais que ça allait durer quelques mois, et ça fait déjà 8 ans… On a eu beaucoup de chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment. », reconnaît Colette, remerciant un hasard assez chanceux.

Pour leur lancement, ils sont même passés dans les studios de Radio France. « Ça nous a fait une comm’ d’enfer ! » se souvient Colette. Le mauvais côté de ce succès, c’est qu’il leur était impossible de répondre à tous les gens qui les contactaient pour faire partie de Radio Citron. « Ça ne représente qu’1/5 de notre activité » détaille-t-elle.

« On est vachement bien ici » reconnaît Colette

« De chouettes jeux de mots »

Quant au nom Radio Citron, ils l’ont trouvé au cours d’un brainstorming. D’après Colette et Rozenn, les patients tout frais sortis de l’hôpital ont deux types de réactions.

« Une partie d’entre eux cherche à s’émanciper de la maladie, ils ne veulent plus en entendre parler. Les autres ont laissé leur pathologie devenir leur identité. C’est-à-dire que pour se présenter, ils vont parler de leurs problèmes psychiatriques et non de ce qu’ils aiment dans la vie. Ils se sont toujours retrouvés face à des gens qui mettent le focus sur leur maladie ».

Les idées de noms ont commencé à fuser, certains ayant un rapport direct avec la maladie, d’autres non. Et puis, lorsque quelqu’un propose « Radio Citron », tout le monde se met d’accord. « On s’est dit qu’il y avait plein de chouettes jeux de mots à faire là-dessus », note Colette.

Il n’y a qu’à écouter les jingles pour être forcé d’acquiescer. « Ainsi fond, fond, la petite glace au citron. »

Pour retrouver le podcast des dernières émissions, rendez vous ici https://www.radiocitron.com/

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0