Un voilier pour tous les attraper

151 585 €, c’est le montant qu’Yvan Bourgnon et les Sea Cleaners ont récolté début décembre sur la plateforme de crowdfunding KissKissBankBank, soit 190% de leur objectif. Le Manta, un voilier collecteur de déchets plastiques, devrait voit le jour d’ici 2020.

Modélisation 3D du Manta © The Sea Cleaners

Modélisation 3D du Manta © The Sea Cleaners

On est loin du fameux trois-mâts fin comme un oiseau. 60 mètres de long pour 72 mètres de large, voici les dimensions du prochain voilier, le Manta imaginé par ESY Concept. Ce nouveau monstre marin pourrait bien être une solution pour lutter contre la pollution maritime.

A la tête du projet se trouve Yvan Bourgnon, ancien skippeur professionnel. En naviguant sur les océans et les mers du monde entier, il s’est rendu compte de l’état déplorable des eaux dans lesquelles il voguait. « 20.000 tonnes de déchets sont déversées dans l’eau chaque année », alerte Caroline Carpentier, responsable de la campagne nationale de prévention des déchets sauvages Vacances Propres.

Selon elle, « 80% des déchets viennent de la mer ». Un enfer pour les amoureux de la navigation maritime, qui se retrouvent entourés de déchets.

Pas très cool de naviguer dans ces eaux là. © The Sea Cleaners

Pas très cool de naviguer dans ces eaux là. © The Sea Cleaners

Marin depuis ses sept ans, Jérôme Vollet a navigué en Europe et aux Etats-Unis. Pour lui, « nous sommes en pleine catastrophe écologique, sauf que nous ne la voyons pas ». C’est d’ailleurs pour cela qu’il a pris part au projet d’Yvan Bourgnon. « Une idée logique pour tout marin », constate le directeur de l’agence ESY Concept.

« On se connaît depuis pas mal de temps », raconte-t-il. « Il m’a beaucoup parlé de son projet, et j’ai commencé à dessiner pour lui ». C’est ainsi que naissent les premiers schémas de la Manta. « On a tout de suite fait le lien avec les raies Manta, ces larges poissons qui parcourent les océans en filtrant leur nourriture de l’eau. »

Pour les deux navigateurs, « il est plus simple d’observer ce qui se passe dans la nature pour développer des technologies ». L’idée de base était d’être au plus près des côtes pour agir. Il fallait aussi un appareil qui ne fonctionne pas aux énergies polluantes. Au final, le voilier sera équipé de deux collecteurs de déchets plastiques. « A la manière d’un râteau », illustre Jérôme.

Le concept est simple : le bateau navigue tout en collectant les déchets qu’il rencontre, puis ils seront recyclés une fois revenu à terre. A terme, le but serait de pouvoir intervenir dans les zones où la pollution marine atteint un niveau critique, notamment après les catastrophes naturelles. Présenté à la COP 22, The Sea Cleaners a connu un accueil « positif », d’après son concepteur.

« Une goutte d’eau dans l’océan »

Si le projet a su séduire plus de 2000 personnes, et est parrainé par le magazine Socialter, Caroline Carpentier ne partage pas l’optimisme de l’équipe de marins. « C’est une goutte d’eau dans l’océan », résume-t-elle.

Avant aujourd’hui, elle n’avait jamais entendu de parler de la Manta. « Il y a tellement de projets comme celui-ci… c’est une épine dans la botte de foin », justifie-t-elle. « En soit, c’est bien. C’est une initiative qui mobilise, qui intéresse les gens. Une bonne nouvelle, en somme. » Pourtant, elle ne croit pas au travail en aval. « Il faut de la pédagogie », martèle-t-elle. C’est dans cette optique qu’elle met en avant les barrages, les filtres à eau, et les actions de préventions.

« Il est utopique de croire que des machines vont pouvoir nettoyer la totalité de nos eaux », conclut-elle. Ce à quoi Jérôme Vollet répond : « On ne saura jamais éliminer le problème en amont. »

 

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