La seule issue, c’est l’art de la rue

Dans une petite commune à la sortie de Paris se cache le Fhloston Paradise. Nom équivoque qui désigne en réalité un hangar, dans lequel est regroupé un collectif artistique. Entre activités théâtrales, cinématographiques et musicales, le Fhloston est aussi l’éden des jongleurs, des équilibristes et de ceux qui aiment jouer avec le feu. Alors, derrière les cliquetis des canettes de bières et l’odeur de joint, Le Zeste vous offre une plongée dans le paradis du cirque urbain.

Logo du Fhloston Paradise

 Il est 20 heures et la nuit, noire, couvre déjà les regards. L’hiver est là et les gens las, rentre chez eux, en hâtant le pas. Nous sommes à la sortie de Paris, sur la place centrale d’une petite commune. Les commerces sont fermés à l’exception d’un irréductible kebab, d’un sushi et d’une laverie dans laquelle du linge tourne encore. Alors que la petite ville semble doucement s’éteindre, un gros portail n’arrête pas de s’ouvrir et de se fermer. La raison de cette agitation est un homme encapuchonné, de taille moyenne. Il fait entrer au compte goute, plusieurs personnes. Chaque arrivant ressemble à un musicien.

Accompagnés d’objets mystérieux, cachés au fond de grandes housses, les hypothétiques instrumentistes semblent se rendre à une répétition hebdomadaire. En s’approchant de plus près, il est possible de voir affiché sur une feuille A4, ces annotations : « Fhloston Paradise ».  « Salut ! Ça va ? Tu m’as l’air curieux, tu sais où tu es ici ? », lance le jeune homme, emmitouflé dans son pull. « Rentre, rentre donc ! Bienvenue au Fhloston Paradise. Enchanté, moi je m’appelle Pti’ Loup », ajoute-t-il.

Âgé d’une vingtaine d’année, il a un large bouc sur le bout du menton et des yeux bleus, dans lesquels la lumière des lampadaires se reflète. Souriant et agité, il explique que son truc à lui, « c’est de faire le clown ». Le lieu auquel il fait face et un vieux hangar qui pourrait être désaffecté. Pourtant, quelques voitures, des scooters et une faible lumière émanant de sous les rideaux de fer trahissent une présence humaine.

Le clown indique qu’il vit sur les lieux avec quelques autres jeunes. « C’est une permanence d’artistes ici, plusieurs associations se partagent les lieux. Le mercredi soir c’est l’association Poï AD+ qui est là, j’en fait partie », poursuit-il.

Elle regroupe des jongleurs, des amateurs de cerceaux, de staffs [sorte de bâton, ndlr], de bolas [deux boules regroupées par une ficelle, ndlr] et d’autres instruments. Certains d’entre eux aiment même ajouter de la difficulté à la jongle, en embrasant leurs outils. C’est ce que signale Jen, une amie de Pti’ Loup. D’ailleurs elle s’entraine régulièrement ici et fait partie d’une autre association Burn Crew Concept, amie de Poï AD+, qui propose le week-end des spectacles enflammés dans la capitale.

Hangar du Fhloston Paradise

La cour des miracles

Une fois la majorité des membres arrivés, les deux compères ferment le portail et se rendent dans le hangar. À l’intérieur, une trentaine de personne s’agitent. Il faut dire qu’ils ont de l’espace et que le lieu est loin d’être trop encombré. Au centre, une dizaine de matelas jonchent le sol. Au fond, quelques canapés permettent aux membres de causer en buvant un coup.

Le long de la salle, un câble file et permet aux acrobates de tester leur équilibre. L’ambiance est électrique, chacun s’entraine avec finesse. Quelques-uns font tournoyer des cerceaux, certains font des jongles et d’autres s’entrainent aux bâtons du diable. Deux potes s’amusent à faire des saltos, avant comme arrière. Au milieu du spectacle, une grande blonde s’approche. Elle s’appelle Elune et est un membre important de l’association. À 32 ans, on comprend vite qu’elle est passionnée par la troupe qui l’entoure.

« Tu sais, moi avant j’étais une fille assez timide. Puis un jour, j’ai entendu parler de Poï AD+ et j’avais toujours eu envie d’essayer le cerceau. Alors j’y suis allée et depuis j’y retourne chaque semaine », souligne-t-elle. Avoir fait le « premier pas », partir à la rencontre « d’étrangers » et partager ces instants avec eux, lui a « beaucoup apporté ».

Il faut avouer que le lieu est éclectique. Comme elle l’explique, il y en a qui ont un boulot alors que d’autres sont à la rue. Il y a des vieux et des jeunes et à certains endroits, ça parle même anglais. « Je suis certaine que dans mon milieu social ou au boulot, je n’aurais jamais rencontré l’un d’eux », dit-elle en pointant du doigt l’un des acrobates au loin.

« Je suis persuadée que les passions communes abolissent les barrières avec les gens qu’on croise », déclare-t-elle. Alors qu’elle parle, elle salue Théo, un jongleur. Cet ancien magicien, fan de hip-hop s’est mis à la jongle il n’y a pas si longtemps, et pourtant il propose bientôt un spectacle avec l’un de ses amis. C’est l’avantage du Fhloston Paradise, là-bas, amateurs comme professionnels se côtoient. Alors, les plus forts aident les petits nouveaux. « Les écoles coûtent souvent cher, alors venir ici permet à tout le monde de pouvoir découvrir son truc », annonce Théo. Grâce à l’association certains se « sont trouvés » marque Elune.

Fire Dancer du Fhloston Paradise

Parmi les meilleurs, quelques uns sont entrés dans de grandes écoles. Pour certains, c’est plus complexe. Soit parce qu’ils manquent de talent ou tout simplement de motivation. « On est pas une école ici, les membres viennent comme ils sont. Chacun vient prendre ce qu’il veut. C’est vrai que certains ont beaucoup de talent et ont du mal à percer, souvent par timidité », affirme-t-elle.

Alors que l’heure tourne, Pti’ Loup lance soudain « c’est l’heure de la cession feu ! ». En joignant le geste à la parole, plusieurs artistes se rendent dehors. Ils trempent leurs staffs, leurs bolas dans du Kerdane, une essence spéciale, avant de les enflammer.

Commence alors un spectacle presque tribal. L’éclat du feu illumine les nombreux tags sur le mur de la cour. La fin de la soirée se terminera avec les dernières flammes. Certains vivent sur place et partent se coucher là où ils peuvent, c’est le cas de Pti’ Loup. Les autres partent vite attraper l’un des derniers métros.

De cette soirée, il restera marqué dans un cahier, ces quelques mots écrits par Rdïo, un adepte du staff.

« Bienvenue à Poï AD+, le crew des burneurs, brûleurs d’encens et autres Fire dancer.

L’ombre et la Flamme

La jongle en pleine jungle urbaine

Un havre de créativité et de jeu

Ici on se découvre au détour d’une balle, d’un bâton, d’un nunchaku ou d’un récit de voyage.

                                                                                                                                                    Namaste. »

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0