Soigner avec les jeux vidéos, le healing IRL

C’est désormais reconnu, s’immerger dans un jeu vidéo peut apporter du bon : amélioration des réflexes, de l’acuité visuelle, remède contre la dépression… Ces nombreuses vertus inspirent la médecine, qui utilise depuis peu ce nouveau remède ludique pour lutter contre les troubles de l’équilibre, Parkinson ou encore Alzheimer.

À première vue, Hammer & Planks a tout d’un jeu vidéo classique. Pourtant, il vise un public bien particulier : les personnes souffrant d’hémiplégie (paralysie qui touche la moitié droite ou gauche du corps, ndlr) ou de lombalgie.

Dans un environnement 2D à défilement vertical, le joueur contrôle un bateau grâce aux mouvements de son corps. Il peut utiliser des canons pour éliminer les ennemis et éviter les obstacles, avec l’objectif de réussir le meilleur score. Le tout utilise la Kinect de Microsoft, une caméra de capture de mouvements qu’on peut relier à un ordinateur, ou la Wii Board de Nintendo, cet accessoire en forme de pèse-personne qui prend sans doute la poussière dans votre cave.

Hammer & Planks est l’un des cinq jeux certifiés de la plateforme de « Physio-Gaming » MediMoov, lancée en 2014 par l’entreprise NaturalPad.  Celle-ci entend bien envahir les maisons de retraite et les hôpitaux. « On compte une trentaine d’établissements équipés durablement, principalement des EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, ndlr) », se félicite Antoine Seilles, le PDG de la société montpelliéraine.

Dans Hammers & Planks, le joueur reconstruit son bateau dans le jeu. En tant que patient, il fait la même chose avec son propre corps. ©

Dans Hammer & Planks, le joueur reconstruit son bateau dans le jeu. En tant que patient, il fait la même chose avec son propre corps. ©NaturalPad

On parle ici de véritables « outils thérapeutiques complémentaires », pensés avec des médecins, rééducateurs, thérapeutes, kinés et développeurs de jeux. On est loin d’un simple Wii Sports, bien que ce dernier a été en quelques sortes le point de départ du phénomène. « Pour pouvoir commercialiser MediMoov, il nous a fallu faire sa preuve clinique, explique l’entrepreneur. Une démarche longue et coûteuse, mais nécessaire pour vendre un produit qui soigne. »

Au vu de l’accueil reçu par MediMoov, le jeu en valait visiblement la chandelle : « beaucoup de thérapeutes viennent nous voir sur des salons et nous disent que c’est une solution qu’ils cherchaient depuis un moment. Après, comme pour toutes les nouveautés technologiques, certains ne souhaitent pas s’y intéresser et s’en sortent très bien« , tempère-t-il.

« Les jeux thérapeutiques permettent d’inhiber les peurs du patient »

Finis les exercices lassants et répétitifs, les « serious games » encouragent les patients à mettre du cœur dans leur rééducation. Le thérapeute peut « rendre ludique l’activité physique et la rééducation », avec la possibilité de modifier les paramètres du jeu, de choisir un ensemble d’exercices prédéfinis afin d’adapter chaque séance, et d’ajuster les mouvements à effectuer pour maintenir l’intérêt du patient.

L’équilibre plaisir de jeu / efficacité thérapeutique est un enjeu décisif. 50% des patients ne suivraient pas leur traitement comme demandé, et 60% ne feraient pas correctement leur rééducation physique, comme l’explique ce rapport de l’OMS. Une personne en bonne santé peut également se joindre au patient et faire les exercices en sa compagnie. De quoi ajouter un aspect social à la thérapie et éviter l’isolement.

Ainsi, les jeunes comme les plus âgés peuvent trouver leur compte dans ces jeux d’un nouveau genre. « La force du jeu vidéo c’est, malgré tout ce qu’on peut imaginer, son intemporalité, estime l’entrepreneur de 31 ans, lui-même joueur. Tout le monde aime jouer. En amenant le tout dans un cadre thérapeutique, on inhibe les peurs du patient, qui en étant bien encadré arrive à reproduire des mouvements qu’il n’osait plus faire. »

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Les accros aux données seront servis avec MediMoov. Le service offre une interface permettant un suivi détaillé de la rééducation du patient ©NaturalPad

Conscients des possibilités qu’offre le jeu vidéo depuis bien longtemps, c’est d’abord grâce au travail acharné de certains psychologues français comme Michael Stora ou Serge Tisseron que la médecine s’est ouverte à ces nouvelles perspectives thérapeutiques. Mais afin de franchir un nouveau palier, il faudra sans doute attendre que des mastodontes financiers, comme Nintendo ou Sony, se positionnent sur le secteur.

NaturalPad n’est pas la seule société française à développer des jeux thérapeutiques. Genious Serious Games et Ludomedic, pour n’en citer qu’eux, en ont également fait leur spécialité. Mais toutes ont un point commun : ce sont des petites structures qui avancent chacune dans leur coin. Le géant français Ubisoft commence déjà à tâter le terrain avec Dig Rush, un jeu pour tablettes et smartphones sorti en 2016, qui aide à lutter contre l’amblyopie, la maladie de « l’oeil paresseux ».

De quoi rendre optimiste Antoine Seilles : « tout comme le jeu vidéo, qui se démocratise de plus en plus, les jeux vidéo en santé apportent chaque jour un plus aux thérapies et devraient prendre une place conséquente, autant dans nos smartphones, avec les applis d’éducation thérapeutique, que dans nos hôpitaux. »

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