Prends en de la graine

Depuis juin dernier, les Parisiens ont le droit de végétaliser sur la voie publique. En quelques clics sur le site de la mairie, ils reçoivent leur permis et peuvent commencer à planter. Mais qui dit jardinage de rue dit aussi risque de dégradations.

En haut de la rue des Martyrs, cette curiosité attire quelques regards interrogatifs. © Yang Rémi

En haut de la rue des Martyrs, cette curiosité attire quelques regards interrogatifs. © Yang Rémi

L’hiver est rude. Le thermomètre affiche -3 degrés. Dans ce froid qui brûle les mains, Matthew ramasse les saletés autour d’une étrange installation. De loin, ça ne ressemble pas à grand-chose. 3 bouts de bois empilés autour d’un arbre. Les badauds passent devant en y jetant un furtif coup d’œil, puis continuent leur route. Pourtant, dans ce petit espace, Matthew a créé un véritable jardin miniature.

Au pied de l’arbre, encore très jeune, il explique avoir planté « 2 avocatiers, 1 ginko biloba, du raisin, du trèfle, et des fleurs mellifères ». « Tout ce que je plante provient des fruits et légumes que je mange. Par exemple, j’ai planté un noyau d’avocat que j’avais au préalable fait germer chez moi. » Si le pied d’avocatier est bien sorti de terre, il a l’air encore fragile et chétif. « L’hiver ne lui fait pas de bien », plaisante le street jardinier.

L'avocatier. Bien qu'un peu raplapla, il incarne à lui seul l'esprit du permis de végétaliser. © Yang Rémi

L’avocatier. Bien qu’un peu raplapla, il incarne à lui seul l’esprit du permis de végétaliser. © Yang Rémi

Des plantes comme celle-là, il en avait planté 2 ou 3. Elles avaient bien commencé à pousser, mais elles ont été arrachées. « Les aléas de la rue », commente-t-il. Car Matthew ne jardine pas chez lui, mais sur la voie publique.

Bouteilles de bière et kebabs en vrac

Pour réaliser un projet de la sorte, le jeune jardinier du dimanche a dû demander à la mairie un permis de végétaliser, introduit dans la capitale depuis juin 2015. Il permet à Matthew d’aménager son installation à sa guise. Ce dernier l’a d’ailleurs scotché sur un des piliers de sa construction, mais malheureusement un bout a été arraché à l’image de ses avocatiers.

Ce que ce photographe a le plus en horreur, ce sont les dégradations. « Aujourd’hui, c’est plutôt propre », note-t-il en allant jeter un emballage qui traînait.

« Cela demande toujours pas mal d’entretien, et malheureusement les gens font peu attention. Je passe mon temps à enlever les mégots et autres déchets. Un dimanche, j’ai dû enlever des bouteilles de bière et des emballages de kebab », déplore-t-il.

Il avait d’ailleurs tenté d’interpeller sur twitter Pénélope Komites, l’adjointe à la Maire de Paris chargée des Espaces Verts à ce sujet. Sans réponse. Il reproche à la mairie son manque de communication avec l’équipe du programme Main Verte, qui s’occupe des projets.

Autre coup de griffe, le manque d’implication des institutions. « A part nous donner du terreau et des graines, ils ne font pas grand-chose. C’est à nous de nous démerder ».

Photographe, mais fan de compost avant tout. © Yang Rémi

Photographe, mais fan de compost avant tout. © Yang Rémi

Matthew le bricoleur

La démerde c’est un truc que Matthew maitrise visiblement pas trop mal. Toute son installation a été faite à partir de matériaux de récupération. Principalement des palettes, qu’il récupère ici et là.

Armé de sa perceuse électrique et de quelques plans qu’il a chopé sur le net, il a construit un hôtel à insecte et une boîte à compost. Et il ne compte pas s’arrêter là. Main Verte a installé 4 autres piliers autour d’un autre arbre de la rue qu’il souhaite végétaliser.

C’est avec beaucoup de détermination qu’il va récupérer des morceaux de palettes un peu plus bas dans la rue, pour venir les fixer au pied de son second spot. Face à tant de virtuosité dans le maniement de la perceuse, les gens commencent à prêter plus d’attention au projet.

Une vieille dame s’arrête, et entame une conversation avec Matthew. Il lui explique alors grosso modo en quoi consiste son projet. « C’est très bien ce que vous faites », conclut-elle avant de reprendre son chemin. « Je reçois beaucoup de retours positifs », se félicite le végétaliseur.

Le permis de Matthew. Il a un peu souffert. © Yang Rémi

Le permis de Matthew. Il a un peu souffert. © Yang Rémi

S’occuper de ce petit coin de verdure nécessite du temps. « Environ 2 heures par semaine », estime-t-il. A côté, il a son job de photographe. Pourtant, ça ne l’empêche pas de s’investir à fond dans son micro jardin.

Tout à l’heure, il va voir Main Verte pour essayer de choper du terreau, des graines, des bulbes et autres friandises végétales.

« Étrangement, je ne suis pas en contact avec les autres végétaliseurs. Je pense que le permis fonctionne surtout par le bouche à oreille, mais je n’ai jamais croisé un autre détenteur du permis. J’ai l’impression d’agir en solo. Je devrais peut-être me renseigner si ils font des réunions ou autre ». Qui sait, peut-être pourrait-il grossir les rangs de la meute de végétaliseurs parisiens, qui ne fait pas beaucoup parler d’elle pour l’instant.

 

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