Le sport pro fait la course aux objets connectés

Le sport pro fait la course aux objets connectés

Sur les parquets, les terrains, dans les gymnases, et même les centres équestres, les objets connectés ont fait une entrée fracassante dans le sport, amateur comme professionnel. Ils jouent désormais un rôle essentiel dans la quête de tout athlète : celle du geste parfait.

Vitesse, puissance, précision… Aujourd’hui, grâce aux différents objets connectés, trackers et applications, toutes sortes de données sont mesurables. C’est ce que l’on appelle la data. Pour les sportifs du dimanche, le « Quantified Self », le fait de s’auto-mesurer, relève davantage d’une logique de développement personnel. Mais pour les professionnels du sport, cela participe à une véritable culture de la performance et de la perfection.

La tendance paraît profonde, plus que le simple effet de mode que l’on assimilait au phénomène lors de ses débuts. Au-delà de ce qui pourrait pour certains apparaître comme du « gadget », de nombreux acteurs travaillent à l’exploitation et à la valorisation de ces données, avec un enjeu tactique derrière.

« Le but des objets connectés est de se rapprocher le plus possible du geste parfait, explique Sarah Daninthe, escrimeuse française médaillée de bronze aux Jeux Olympiques de 2004 et adepte de la data. En les utilisant, mes entraînements sont plus performants et mes phases de récupération plus efficaces. Ils permettent de créer la différence, surtout dans les sports de précision, comme l’escrime, ou de vitesse comme l’athlétisme. Là, ils sont carrément devenus indispensables car tout se passe à la milliseconde près. »

À chaque sport son objet connecté

Ballons de basket connectés, mini boîtiers de tracking disposés sur les maillots des joueurs de rugby… les objets connectés se plient aux exigences de chaque discipline. Depuis 2014, une startup française nommé Arioneo développe des objets connectés dédiés au monde de l’équitation.

On l’oublie parfois, mais l’équitation et les courses hippiques sont un sport à part entière, et les chevaux des athlètes. On parle ici « de capteurs attachés à la sangle des chevaux pour mesurer leur activité physique, ou bien sur une couverture afin de surveiller l’état de santé de l’animal, » expose Valentin Rapin, co-fondateur d’Arioneo. Le développement de la startup s’est fait au galop, avec une première levée de fonds d’1,1 millions d’euros bouclée en mai dernier.

Dans leur catalogue, deux gammes de produits pour deux gammes de prix : Care et Performance : « sachant qu’il existe un gouffre entre clubs ou sportifs riches et ceux disposant de peu de moyens, on essaye de réduire ce fossé en ouvrant le domaine des objets connectés à tous, » revendique Valentin Rapin.

Effectivement, tout ce beau matériel à un coût : « plus les objets sont précis et touchent aux neurotechnologies, plus ils sont chers, » précise Sarah Daninthe.  Moi, simple escrimeuse, je ne peux pas me payer le matos du Paris Saint-Germain. Pour autant, les statistiques que je peux obtenir sont justes et me permettent d’être plus efficace. Aujourd’hui, il y en a pour tous les budgets. »

Paris, place forte de l’innovation sportive

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Il y a pire comme cadre pour se développer en tant que startup sportive.

Le 8 juillet 2014, l’équipe d’Allemagne de football écrasait l’hôte brésilien sept buts à un en demi-finale de la Coupe du Monde, avant de remporter la compétition. Ce jour-là, les joueurs allemands avaient à leurs côtés un douzième homme bien utile : la compétence de SAP, spécialiste des logiciels d’entreprise d’aide à la décision, pour l’utilisation de la data.

Capteurs aux protège-tibias ou dans les chaussures, analyses statistiques des matchs joués et des aptitudes individuelles, la Mannschaft bénéficiait d’un réel avantage par rapport aux autres équipes, avec le succès que l’on connaît. Un tournant que l’équipe de France n’a pas encore pris : « c’est une question de culture, explique Sarah Daninthe. En France, il y a toujours cette « peur de ». La donnée est quelque chose qui fait peur puisqu’il y a toujours des craintes au niveau de la sécurité, c’est pourquoi on est sans doute un peu à la traîne vis-à-vis d’autres pays comme les États-Unis. »

À la traîne, mais pour combien de temps ? Avec les Jeux Olympiques de 2024 en ligne de mire, la ville de Paris multiplie les initiatives pour s’imposer comme l’une des places fortes du sport business. L’une d’entre elle s’est concrétisée en avril 2015. Depuis cette date, les startups qui se sont spécialisées dans ce secteur, dont Arioneo, bénéficient d’une structure dédiée à leur accompagnement : Le Tremplin.

En juin dernier, ces dernières ont investi les nouveaux locaux de l’incubateur, au coeur de l’enceinte flambant neuve et moderne du stade Jean Bouin, dans le XVIème arrondissement. Dans un périmètre très serré, on retrouve ainsi le parc des Princes, le stade Pierre-de-Coubertin et les cours de Roland-Garros.

Il suffit de pousser la porte d’entrée du lieu pour constater son caractère unique et innovant. Des dizaines d’entrepreneurs sont ainsi réunis dans un environnement sportif favorable. « Pour le coup, le Tremplin porte bien son nom, et nous permet d’être encadré par une vraie structure, d’avoir un suivi, de rencontrer des partenaires, de tester nos produits… » vante Valentin Rapin.

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Arioneo, Digifood, Fitness Connect… 19 startups ont été sélectionnées parmi une bonne centaine afin de rejoindre la deuxième promotion du Tremplin.

En douze mois, les jeunes pousses, passées entre les mains du Tremplin, sont en pleine forme et jouent désormais en première division. Spécialisée dans l’analyse et la représentation visuelle, la startup Footovision a ainsi été mise en relation avec des médias, dont L’Equipe et TF1, une fois son produit fini. Le bilan de cette première promotion est plus que satisfaisant : 11 674 109€ de fonds levés, un chiffre d’affaires cumulé de 1 830 203€ et 45 emplois créés.   

Pour aller plus vite, plus haut et plus fort, il faut savoir mettre toutes les armes de son côté… quitte à « dénaturer » le sport avec cette abondance d’objets connectés et de données ? Si l’on en croit Sarah Daninthe, il faut surtout parler d’évolution. On ne peut pas simplement réduire la performance humaine à des chiffres, elle est bien plus complexe : « malgré tous ces objets, il reste le facteur humain : le ressenti, les sensations, l’émotion. C’est ce qui fait l’intérêt du sport, l’incertitude du résultat jusqu’à la dernière seconde. À tout moment l’athlète peut se transcender ou faillir, et mettre à mal toutes les données délivrées par les objets connectés. »

Après tout, les données ne remplacent pas le talent. Pour arriver au niveau d’un Lionel Messi, d’un Teddy Rinner ou d’un Usain Bolt, il faut bien plus qu’une batterie d’objets connectés.

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