Mille millions de mille sabords, les pirates vegans à l’abordage

Ils sont une petite soixantaine sur Facebook à avoir rejoint le groupe des Veggie Pirates, un groupe de tagueurs vegan qui sévit dans les stations de métros parisiennes. A l’aide de craies et de bombes de peintures, ils s’attaquent aux affiches publicitaires avec des messages qui ne piquent pas de hannetons.

Le petit chaperon rouge ©Yang Rémi

De la rame, trois personnes descendent furtivement. Capuchés et emmitouflés dans leurs écharpes, seuls leurs yeux sont visibles. En un éclair, les affiches publicitaires sont couvertes de slogans pro vegan. Les trois larrons sautent dans le prochain métro.

« C’est des Fila tes pompes ? C’est trop bien, j’en portais quand j’étais gosse putain ».  Il est 14 :30, et dans un lieu tenu secret, le Klan Veggie Pirate organise son action du jour. Leur QG, c’est un restaurant en construction qui devrait être inauguré dans pas très longtemps.

Sont présents Théo*, Capucine*, et Maxime*. Le premier, veste Asics sur les épaules, réchauffe ses pieds sur le radiateur. Du haut de ses 36 ans, Théo en paraît moins. « Ce qu’on fait, ce sont des actions de contre-propagande. On essaie d’inciter les gens à réfléchir », expose-t-il.

Concrètement, le petit groupe se réunit plusieurs fois par semaine pour faire des raids dans les stations de métro parisiennes. Armés de craies, de bombes de peinture « légales », et de stickers, ils réarrangent les énormes panneaux publicitaires.

Le capitaine du Black Pearl

« Avant on agissait un peu chacun de notre côté », explique Théo. « Du coup, j’ai créé les Veggie Pirates, pour organiser des actions plus importantes » S’il est à l’origine de l’équipage, il n’en est pas le capitaine.

Tous s’accordent à dire que c’est J. qui mène le bateau. « Comment il s’appelle déjà le type que Johnny Depp joue dans Pirates des Caraïbes ? Ah ouais, Jack Sparrow. Bah J. c’est un peu notre Jack Sparrow ».

D’ailleurs, le voilà. Avec ses mains tatouées, il ne passe pas inaperçu. De son sac à dos, il sort des craies par dizaine – « j’adore les craies », rigole-t-il-, des autocollants, et des bombes de peinture.

Un nouveau type de bombe, avec laquelle Théo a connu quelques galères techniques la dernière fois qu’il l’a utilisée, alors qu’il tentait de taguer un « Libérer les animaux » sous une affiche King Kong. « Faut juste s’y faire » lance J.

Le beurre, l’argent du beurre, et…? ©Yang Rémi

Avant de partir à l’assaut des bouches de métro, les pirates se racontent un peu leur vie. La dernière fois, J. s’est fait choper par les gendarmes alors qu’il était en train de peindre. Un truc un peu con, il l’admet.

« J’avais pas vu les keufs en face, ils étaient sur l’autre quai. Du coup quand j’ai commencé à taguer ils me sont tombés dessus. Ils ont été sympas, ils m’ont juste emmené au poste pendant une heure et je suis reparti en donnant mon prénom ». L’anecdote fait rire tout le monde.

S’il est très engagé, le capitaine du Black Pearl n’est pas vegan depuis toujours : « Ca fait deux ans et quelques que je me suis mis au véganisme, et même pas un an que je commence à faire des actions militantes comme ça. Enfin bon, quand la grande carotte te possède, tu peux pas faire autrement. »

“Go Vegan” dans les couloirs du métro

Les autres ont commencé plus tôt. Capucine raconte que dès 2011, elle s’est mise à militer pour la cause animale, mais lors d’actions déclarées. Quand elle s’est rendue compte que ça faisait pas assez bouger les choses pour elle, elle a décidé de passer en dehors du système. Quant à Maxime, il a arrêté sa consommation de produits laitiers après avoir vu une vidéo sur Youtube.

Avant de partir, ils s’entrainent dans une ruelle ©Yang Rémi

Au bout d’une demi-heure, la petite bande se décide à bouger, direction Opéra. Théo reste sur place, il doit finir des préparatifs pour l’ouverture de son restau. Avant de s’engouffrer dans le métro, les Veggie Pirates testent leurs bombes sur les murs d’une ruelle.

En quelques minutes, les slogans « Go Vegan » et « Justice pour les animaux » sont tagués sous les yeux des riverains qui n’accordent que très peu d’intérêt à la chose.

Avant de passer les portillons, J. fait patienter le reste du groupe, le temps d’acheter un ticket de métro. « Histoire d’être en règle », plaisante-t-il.

Depuis la rame, Capucine remarque une affiche d’Air France avec des vaches dessus. Ni une ni deux, les moussaillons débarquent sur le quai de Le Peletier et commencent à sortir leurs feutres et leurs bombes.

Très rapidement, la pub est remplie de slogans vegan. « Agritorture », « viande = meutre », ou encore « viande = lobby de la mort ».

Cette fois-ci, les passants dévisagent les Veggie Pirates avec un air mélangeant incompréhension et surprise. « Tout le monde nous regarde. De temps en temps, il y a même des personnes qui nous encouragent », note Capucine.

J. prend quand même le temps d’acheter ses tickets de métro ©Yang Rémi

Les commandos

Le métro arrive, et la troupe descend cette fois-ci à Opéra. Encore une fois, tout se fait très rapidement, sous les yeux médusés des Parisiens qui attendent sur le quai. Très mobiles, ils ne restent jamais plus de 10 minutes au même endroit.

Suffisamment pour que les affiches pour le lait ou mettant en scène des animaux soient couvertes de tags. Les slogans sont pensés à l’avance. « Sur mon sac, j’ai exactement les mêmes phrases écrites dessus. », explique Maxime.

« Il nous arrive de ne pas taguer certaines affiches tout simplement parce que l’inspi ne vient pas. Ca sert à rien d’écrire n’importe quoi dessus, il faut que ça attire l’œil et que ça fasse réfléchir. On fait pas ça n’importe comment », expose J.

D’Opéra, l’équipe bouge à République. A ce moment, il ne leur reste plus beaucoup de temps. Ils ont leur vie à côté. Capucine doit aller à ses cours de conduite, Maxime a un entretien dans le nord, et J. doit rentrer en Picardie.

A Répu, une pub pour Logan, la dernière production des studios Marvel. « Il nous a rien fait de mal en tant que mutant le pauvre », rigole J.

Maxime repasse très rapidement sur les deux premières lettres pour qu’on y lise « VEGAN ». Un final qui aura été enregistré sur les caméras de surveillance de la station.

Pas un problème pour J. « Je suis persuadé que ce qu’on fait, c’est bien. Et puis, si un jour je dois aller au tribunal, ça nous donnera plus de visibilité. »
Le verre de lait à moitié plein.

Personne n’est épargné, pas même ce bon vieux Logan ©Yang Rémi

* les prénoms des personnes citées ont été modifiés

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