L’or noir tombé du ciel

Chaque année, environ 1500 nouvelles météorites s’écrasent sur le sol terrestre. Des petits bijoux disséminés aux quatre coins du globe, qui attisent la curiosité de ceux que l’on appelle les ‘’chasseurs de météorites’’. Avec comme seules boussoles, l’appât du gain et l’amour des pierres.

Un beau morceau de la collection d'Alain Carion, que l'on peut retrouver dans sa boutique. L'objet de toutes les convoitises

Un beau morceau de la collection d’Alain Carion, que l’on peut retrouver dans sa boutique. L’objet de toutes les convoitises

Tout plaquer pour partir chasser les météorites aux quatre coins du monde ? Peu nombreux en France, ces globe-trotteurs ont fait de leur passion leur gagne-pain. Alain Carion, ancien chasseur et expert des cailloux venus de l’espace, certifie qu’il n’y a que 12 personnes en France qui sont capables de « reconnaître une météorite à l’œil nu. ».

Si les rêves de gloire et de fortune guident la plupart des amateurs, Alain garde la tête froide. Chez les Carions, c’est une passion de père en fils. « J’accompagnais mon père dans ses expéditions, au début des années 90. On était les pionniers de la chasse aux météorites dans le désert égyptien » se souvient-il. Fabien Kuntz se lancera dans le bain pendant ses années étudiantes. Accompagné d’un ami, il fonde sa propre équipe de chasseurs. WWMétéorites naît en 2003.

Tunisie, Espagne, Qatar, Sultanat d’Oman, Namibie, Fabien en a visité, des pays. « La plupart des météorites que l’on récupère tombent dans des pays du tiers-monde. Sinon, nous allons souvent dans les déserts. Il est plus facile de les distinguer dans le sable blanc, les météorites étant noires. » expose-t-il. Le féru de roches aliennes prépare longuement ses voyages.  « On se documente assez longtemps avant de partir. Il faut toujours que l’on soit prêt à partir découvrir d’autres cultures… » continue-t-il.

Il faut aussi recueillir un maximum de témoignages de personnes sur place. Lorsque Alain est parti avec son père à Tataouine, c’est après avoir étudié les rapports de soldats de la légion Française stationnés là-bas.

Dès qu’une déflagration dans le ciel est observée, Fabien saute le premier avion pour se rendre sur les lieux de la chute. « On ne se rend pas n’importe où. », pose-t-il. Sur le qui-vive, il prend quand même le temps de planifier des expéditions. Le fils Carion revient rapidement sur sa méthodologie, d’une voix experte et pleine de sagesse. « Je me rends soit sur place après une chute observée, soit en aveugle avec un aimant dans la poche. 85% des météorites sont magnétisées ».

Alain posant fièrement à l'arrière de sa boutique

Alain posant fièrement à l’arrière de sa boutique

Les aventuriers de la météorite perdue

Des récits d’aventures, ces Indiana Jones d’un nouveau genre en ont plein la besace. Fabien se rappelle avec nostalgie de sa première expédition en compagnie de son épouse. Enfin, à l’époque, elle ne l’était pas encore. « Ça faisait 4 mois que nous étions en couple. C’était une sorte de test ! », plaisante-t-il.

Au cours de ce baptême du sable, Marie trouve une météorite « incroyable ». C’est avec une grande fierté que son mari explique que le caillou provenait d’un astéroïde que la Nasa était en train d’analyser. Une love story hors des sentiers battus.

Plus tard, en novembre 2015, le couple de chasseur se rend en Namibie. Ils en avaient après une grosse météorite. Après une longue recherche, ils finissent par mettre la main dessus, et entreposent la pierre dans leur 4X4.

Grosse erreur: leur véhicule se fait vandaliser. Résultat, leurs papiers sont volés, leurs téléphones satellites détruits, et leur découverte disparue. Un coup dur pour Fabien, qui revient bredouille de son expédition. « La Namibie nous aura apporté son lot de bons souvenirs, et un mauvais », relativise-t-il en rigolant.

Tapi dans la boutique familiale, sur l’île de la Cité, à Paris, Alain se consacre désormais à la revente de morceaux de météorites ainsi que d’autres minéraux. La chasse aux météorites, c’est fini pour lui. Désert de Libye, d’Egypte, ou encore du Maroc, le Sahara n’a presque plus de secret pour lui.

Sa première météorite, il l’a découverte il y a 20 ans de cela. « J’avais trouvé un caillou dans le désert mais je pensais qu’il n’avait pas d’intérêt, donc je l’ai reposé. J’ai attendu quelques instants avant de tilter et de revenir le chercher. C’était bien une météorite. » il remonte ses lunettes avant de continuer « à l’époque, les GPS n’existaient pas. On se débrouillait avec des cartes et des boussoles ! On devait aussi faire face à des peuples nomades dans le désert qui ramassent toutes les pierres noires qu’ils trouvent. Il nous est arrivé de marchander avec eux pour récupérer des météorites. »

Des cailloux venus du ciel, Alain en a ramené plus d’une centaine. « Cette boutique, c’est l’endroit où on peut voir la plus grande collection exposée de France. ». A titre de comparaison, le muséum d’Histoire Naturelle de Paris occupe la 3ème place du classement.

Ironiquement, au début de son aventure, le vendeur de pierres faisait don de ses découvertes à ce musée. Pourtant, la relation entre le muséum et les chasseurs n’est pas franchement cordiale. « Ils nous appellent les pilleurs de science », plaisante Fabien Kuntz.

Des sculptures faites en météorites. "C'est pas très scientifique, mais c'est joli", confie Alain Carion

Des sculptures faites en météorites. « C’est pas très scientifique, mais c’est joli », confie Alain Carillon

Le goût du risque

Le vétéran analyse ce conflit avec la sphère scientifique. « Ils n’ont pas compris que nous sommes connectés à eux, et vice versa ». D’après les deux amoureux des météorites, le problème vient du fait qu’ils revendent leurs découvertes. Même si les principaux bénéficiaires de ce commerce sont les laboratoires et les musées, auxquels nos amis les chasseurs font régulièrement dons de certains de leurs biens.

Mais comment ces professionnels au métier hors normes arrivent à vivre de leur passion ? Pour Fabien, ce n’a pas été facile au début. Après avoir lancé WWMétéores en auto-entrepreneur, il a dû prendre un job à côté pour arrondir ses fins de mois. « Il n’y a pas de financement de la part des institutions publiques », regrette-t-il. Ses expéditions, il les réalise en vendant ses trouvailles. S’il est parfois fait mention de « météorites à 10000 euros le gramme », la réalité est beaucoup moins glamour.

Dans son échoppe, Alain réalise gratuitement des expertises de cailloux. Les amateurs viennent le voir avec leur trouvaille, des étoiles dans les yeux. Mais la désillusion frappe vite. « Les gens croient que tout ce qui vient de l’espace coûte une blinde. Ils commandent la Ferrari avant même que j’évalue leur caillou. 1 personne sur 8000 se ramène avec une vraie météorite », constate-t-il.

Avant de vouloir vendre une météorite, il faut d’abord la trouver. « Il faut être sûr d’avoir une moyenne de rentabilité qui puisse permettre de financer d’autres expéditions. », analyse Fabien. « Sur les 4-5 expéditions par an, il faut qu’on soit sûr qu’on puisse trouver quelque chose. »

Mais au fond, le risque fait partie jeu. Les trésors ne se trouvent pas sans danger.

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