Les koloc’s solidaires

Les koloc’s solidaires

Les koloc’s solidaires, c’est le projet lancé en 2010 par l’association AFEV. Inspirée d’un programme belge, l’association fournit à des étudiants un logement au prix du CROUS dans un quartier « populaire », en échange de quoi le jeune s’engage à développer un projet social avec les habitants du coin.

Au téléphone, Béatrice Mérigot, responsable du projet, détaille : « On a commencé dans trois villes : Rennes, Caen et Arras, avec une trentaine d’étudiants. On est en 2010. Et puis au fur et à mesure ça a augmenté. Aujourd’hui, on est présent dans une vingtaine de villes avec plus de 450 locataires. »

Mathilde, petite brune un peu timide de vingt ans, est dans une collocation dans le 13 ème arrondissement de Paris. En étude d’urbanisme, c’est sa première année sur Paris. Ayant grandi dans un milieu tourné vers le social, l’AFEV est un bon compromis pour poursuivre son travail dans l’associatif et trouver un logement à bas prix dans la capitale.
Dans un petit café tout proche de l’Hôtel de Ville, elle raconte l’entretien qu’elle a eu avant d’intégrer le programme :
« Je me suis inscrite à la fin de l’année dernière. Fin juillet, on a été convoqué pour une série des réunions et d’entretiens. Ils cherchent vraiment des gens motivés qui ne vont lâcher l’affaire en cours d’année. Je crois que sur 20 dossiers de candidatures, il y en a un qui est pris. Surtout sur Paris. »

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L’immeuble du boulevard Ornano, où résident les kapseurs du 18ème ©Lucas Chedeville

Première approche

La tension est palpable ce mardi soir de février. Les « kolocs » du 18 ème organisent leur première réunion avec les habitants du quartier. L’objectif est de déterminer les attentes de ces riverains des quartiers défavorisés du Nord de Paris.
Les 5 jeunes de la coloc’ sont là, tous la vingtaine. On guette la porte dans l’espoir de voir quelqu’un entrer. Dominique, grand black aux lunettes rondes rit jaune : « Ça sent mauvais ». Malgré une campagne de tractage intensive dans la résidence dont ils ont la charge, peu d’habitants ont répondu positivement à l’invitation. Dominique tente un dernier baroud d’honneur et va toquer aux portes.

Après un quart d’heure d’essai, il lâche l’affaire. Personne ne répond ou si ils daignent le faire,ne veulent même pas ouvrir leur porte.
C’est donc avec les quatre personnes présentes que la réunion commence. Les discussions prennent un peu de temps à démarrer.
Marie, petite femme d’une soixantaine d’année, peu habituée à voir des jeunes s’engager pour les quartiers les félicite : « Ça fait plus de vingt ans que j’habite ici et c’est la première que quelqu’un vient nous proposer des activités. Ça fait du bien de voir qu’il y a encore quelques personnes qui pensent aux autres. » Dans la bande de 5 on sourit de fierté. Quelques idées sortent : l’organisation d’un pique-nique en bas des immeubles, un spectacle de marionnettes qui permettrait « d’attirer les enfants donc forcément les parents ». Mais compliqué de se décider avec si petit échantillon d’habitants.

rencontre lucas

Rencontre avec les habitants du quartier, DR

Lien de confiance

La difficulté de lier des relations de confiance avec les habitants n’est pourtant pas spécifique au 18 ème . Dans le 13 ème aussi, Mathilde et ses potes galèrent pas mal à faire bouger les gens :
« Le quartier dont on a la charge est très enclavé. C’est beaucoup de personnes âgées qui vivent ici depuis des années et qui n’ont pas envie que ça bouge. On n’a pas envie de leur imposer les choses. Il faut que ça vienne des deux côtés. »Pourtant, Béatrice Mérigot assure que les jeunes ont été très bien accueillis par les habitants. C’est sûrement le cas dans les collocations établies depuis plusieurs années où les gens ont pris l’habitude des étudiants. Mais dans les deux étudiées, dont c’est la première année d’implantation, le sentiment de cohabitation amicale est beaucoup moins flagrant.

Sentiments personnels

Difficile de faire un réel bilan au bout de seulement 6 mois d’expériences. Mais Dominique et Mathilde en sont formels, ça les a changé.
« Sur le plan humain, c’est clair que c’est intéressant. Rien que le fait de vivre en coloc, c’est génial, c’est cliché mais ça a un petit côté Auberge Espagnol. Sur le pan associatif, ça remet les choses en perspective. Il y a un côté très pragmatique, on se rend vite compte que les idéaux qu’on avait au début ne font pas long feu. Mais on apprend tout de même énormément. » explique la jeune fille.
Installé dans la salle de réunion presque vide où devaient se retrouver les habitants du quartier, Dominique est un peu plus catégorique. Il est dépité par le fait que les gens ne s’engagent plus : « on en a un peu ras-le- bol de bosser comme des cinglés pour des gens qui au final s’en foutent ».

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