Au pays des lilliputiens du cirque

A Bagneux, un bâtiment à l’allure étrange surplombe l’impasse de la Renardière. C’est le Plus Petit Cirque du Monde. Un cirque sans chapiteau, qui a pour but de créer un maximum de lien social dans un quartier réputé difficile.

Curieux bâtiment... ©Yang Rémi

Curieux bâtiment… ©Yang Rémi

Un mec rentre avec un cactus dans les mains. Son collègue est interrogatif. Mais pourquoi l’a-t-il amené ? « Ça n’a rien de symbolique ». Il n’a aucune explication à fournir. Il en avait juste envie. Cette rencontre a lieu sous le chapiteau du Plus Petit Cirque du Monde, à Bagneux.

Enfin un chapiteau, pas vraiment. On est loin de l’image classique du cirque. Ici, on a plutôt l’impression d’être à la cité de l’architecture et du design. C’est un bâtiment en bois, dont certains pans sont peints et d’autres laissés nus. A l’intérieur, les charpentes sont laissées visibles. Plusieurs tables, bancs, et fauteuils sont mis à disposition.

Du Liban à Bagneux

Adrien Godard arrive en vélo. Le crâne dégarni et la mine joyeuse, il explique hâtivement les fonctions du Plus Petit Cirque du Monde. « Ici, c’est un lieu de pédagogie. On fait de la formation professionnelle de jeunes ‘’artistes wannabe’’, qui sont souvent paumés entre plusieurs choix de parcours. On les forme aux techniques du cirque, on leur fait faire de l’animation, pour qu’ils puissent ensuite rejoindre une école de cirque ou même intégrer directement une troupe. »

Des graines d’artistes, il y en a ici. C’est avec eux que l’association produit plusieurs spectacles. Ce soir là, ils font venir Bachar Mar Khalifé, un pianiste libanais pour un ‘’concert cirque’’, une performance artistique liant art du cirque et solo de piano.

Une petite dame passe en courant. Très pressée, elle fait la bise à Adrien qui lui demande pourquoi elle panique autant. Avec un accent de l’est, elle explique qu’elle stresse parce que ce soir, ils ne seront que 5 sur scène. Le chargé de comm’ la rassure, ils se produiront bien 6 . Cette petite différence la soulage d’emblée, et elle reprend son chemin d’un pas plus léger. A ce moment, le directeur du cirque fait son entrée. Il salue Adrien, et prend le relais.

Un hall dans lequel quiconque est libre de venir se poser. Avec un wi-fi gratuit de surcroît. ©Yang Rémi

Un hall dans lequel quiconque est libre de venir se poser. Avec un wi-fi gratuit de surcroît. ©Yang Rémi

Eleftérios Kechagioglou est à la tête du Plus Petit Cirque du Monde. Derrière ce nom difficilement prononçable se cache un esprit éclairé qui connaît les activités de son association sur le bout des doigts.

Concernant la rencontre un peu improbable entre les Balnéolais et Bachar, Eleftérios raconte : « Ce spectacle date de l’année dernière. Beaucoup d’artistes d’ici adoraient la musique de ce pianiste. Nous l’avons contacté et il a répondu favorablement ! Sur scène, c’est un véritable dialogue entre le piano et les arts du cirque. » Face au succès de la représentation, cette dernière a été reconduite.

Toujours souriant, le directeur du cirque est là pour répondre à vos questions. ©Yang Rémi

Toujours souriant, le directeur du cirque est là pour répondre à vos questions. ©Yang Rémi

Une petite histoire pour un grand projet

Le PPCM, de ses initiales, est une association créée il y a 25 ans, le 5 février 1992. A la base, c’était un projet de quartier, un truc vraiment populaire mené par des fans des arts circassiens. C’est de là que vient son nom.

« Le président était un conducteur de métro », se rappelle le directeur du cirque. Le tout est géré par des « bénévoles très engagés ». « Le quartier fait face à beaucoup de problèmes sociaux-économiques. C’est pour ça qu’on essaie au maximum de créer du lien social ici. Par exemple, le hall dans lequel nous nous trouvons est accessible au public. C’est l’occasion d’échanger avec les artistes qui se produisent ici ».

C’est dans cette optique que l’association propose des activités qui ont pour objectif d’aider les habitants. Par exemple, ils ont récemment prêté le bâtiment pour des dons de nourriture, et organisé des ateliers de réparation de vélos.

Le vendredi, les bénévoles laissent aux habitants le choix de leur activité. « Ça s’appelle les vendredi baraque. La dernière fois, on a donné des cours de danse. C’était du rock il me semble. On a aussi mis en place des cafés philo, ou des ateliers bricolage. », explique Eleftérios. « Le grand défaut des lieux de culture, c’est qu’ils sont souvent froids. Il n’y a que très peu de vie à l’intérieur. Ici, la convivialité prime sur tout. »

C’est pour ça que le cirque est implanté dans la cour d’un groupe scolaire. Ainsi, une classe de collège vient d’entrer « par la porte du fond, celle des privilégiés », plaisante le directeur. Dans un chahut rapidement calmé par leur professeure, les élèves se dirigent vers une salle remplie de tapis matelassés pour commencer leur activité.

« Ce sont des cours qui sont inscrits sur leur emploi du temps, un peu comme l’EPS », compare Eleftérios. Toutes les classes du groupe ont cours ici, une manière de conserver un lien avec la jeunesse.

Du bois, encore du bois, et toujours du bois ©Yang Rémi

Du bois, encore du bois, et toujours du bois ©Yang Rémi

« Ça a failli capoter »

Si l’asso attire un public de plus en plus nombreux, c’est en partie grâce à son étrange baîment. Mais pour disposer d’une telle infrastructure, le Plus Petit Cirque du Monde a dû batailler pendant plus de 10 ans. « A l’époque, il n’y avait aucune volonté du département ou de la ville de porter le projet, même si la municipalité nous a toujours soutenu. ». Résultat des courses, le financement a été plus compliqué à mettre en place que prévu.

Le PPCM a dû faire appel à des partenaires particuliers. Il a donc fallu longuement leur vendre leur projet. « Le projet a failli capoter plusieurs fois », souffle le directeur.

En 2012, l’association a eu gain de cause auprès des institutions. Ainsi, le cirque a eu le feu vert de la mairie, du département, de la région, et même du ministère de la culture. Le chantier aura duré 3 ans, jusqu’en juin 2015.

Pendant ce temps, les habitants de quartier étaient libres de s’y déplacer et de donner leur avis sur la construction, histoire de rajouter une couche d’interaction sociale au projet.

En attendant, si le tout a été impulsé par un élan de solidarité, de grosses sommes d’argent sont mises en jeu. Un rapide dialogue dans le bureau du directeur entre Eleftérios et un collègue parlait de 500 000€ de bénéfices à dégager. De quoi faire jaser.

Vous qui entrez ici abandonnez toute espérance. ©Yang Rémi

Vous qui entrez ici abandonnez toute espérance. ©Yang Rémi

 

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