Graines de clowns

Chaque mois, les élèves-clowns de l’école Le Samovar pratiquent un exercice particulier : un cours public. Pour une poignée d’euros, des spectateurs viennent assister à un spectacle qui n’en est pas un, puisque rien n’a été écrit ni répété. Plongez dans les coulisses du métier de clown.

Conservatoire de Romainville, à l’Est de Paris. En dépit d’un froid à en décourager plus d’un, un public d’une quarantaine de personnes prend rapidement place dans la petite salle de spectacle. Première surprise de la soirée : 16 « bébés » font la sieste au milieu de la scène.

Si certains sont effectivement relativement jeunes, ils ont pour la plupart des airs de trentenaires. Ils ne portent pas de nez rouge, mais plutôt des tétines, des pyjamas et des couches-culottes. La raison : les exercices du soir sont consacrés au thème du retour en enfance. « Avant de pouvoir mettre le nez rouge, il y a toute une préparation.  On ne devient pas clown comme ça », explique Lory Leshin, formatrice d’origine américaine à l’école le Samovar.

Admirez cette belle bande de bambins ©Clément Bartholomé

Admirez cette belle bande de bambins ©Clément Bartholomé

Le scénario de la soirée est simple : les élèves-clowns s’inventent et improvisent en direct plusieurs situations liées à la petite enfance. De la galère que rencontre une assistante maternelle pour gérer un groupe de bambins incontrôlable à la crèche, en passant par le cruel moment où le parent doit retirer la tétine de son enfant. Rien n’est écrit, rien n’a été répété, ce n’est donc surtout pas un spectacle. C’est au final bien plus vivant.

Leur professeur, le Canadien Guy Lafrance a.k.a. Gustave Reblochon est là, garant du temps et de l’intérêt que le travail suscite pour le public. Ce dernier pratique le clown depuis 1987, dans la rue, au cabaret, sous chapiteau ou à l’hôpital avec l’association le Rire Médecin.

Il intervient lorsque nécessaire pour redonner du jeu et des enjeux au plateau. Le tout donne rapidement lieu à un mélange de bonne humeur, de rires et de nostalgie face à ces scènes tantôt attendrissantes tantôt cruelles. « Le clown, c’est la démesure. Il peut parler de tout, il peut tout faire sans tabous », juge-t-il.

Jouer devant un public donne une nouvelle perspective de travail à ces clowns en herbe : « on est à la fois dans un état de travail, d’apprentissage et de spectacle. Quand on travaille à l’école, on est uniquement dans le ressenti, le comédien est en retrait. Mais quand il y a un public, il faut quand même qu’on lui donne quelque chose pour éviter qu’il s’endorme », plaisante Frédéric, un grand dadais barbu en couches-culottes.

Born to be clowns

Ce cours public est un véritable cocktail détonant qui dépoussière l’image des clowns de cirque. La recette d’un art devenu résolument moderne. Une recette que vont apprendre les 40 élèves, 20 en première année et 20 en deuxième, du Samovar. L’école des clowns de Bagnolet est un lieu quasiment unique en Europe, dédié uniquement à l’art burlesque et où les fameux personnages aux nez rouges sont rois.

Longtemps utilisé pour distraire entre deux numéros, le clown est devenu une discipline à part entière qui nécessite un certain talent : « c’est un métier qui ne supporte pas le manque de mollesse et de motivation. On n’est pas tous capable de faire rire les gens », juge Lory Leshin.

L’époque où les clowns restaient cantonnés à contrebalancer de leurs imperfections la perfection humaine est désormais lointaine. Aujourd’hui, s’ils n’ont pas vraiment trouvé leur place dans les cirques modernes, plus intellos et techniques, ils ont conquis les planches des théâtres et les cœurs des enfants hospitalisés. « À un moment, quand c’est uniquement virtuose et technique, où est l’émotion ? » se demande Lory Leshin.

Le Samovar est une école qui n’hésite pas à sortir de ses murs, que ce soit dans les rues de Bagnolet pendant son festival annuel en octobre, lors des « lâchers de clowns » dans les écoles ou les maisons de retraite, et pour les cours publics, ouverts à tous.

Une volonté d’ouverture bientôt concrétisée. L’école est actuellement fermée pour travaux de rénovation jusqu’en mars prochain. De grandes vitres donnant sur une salle de répétition flambant neuve seront installées, permettant ainsi aux passants de rêver en regardant les clowns.

Samovar

Mais pour le moment, il faut avouer que ça fait tout sauf rêver ©Clément Bartholomé

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