Le cabinet de curiosités du 59 Rivoli

Le cabinet de curiosités du 59 Rivoli

Au cœur du premier arrondissement, se trouve un immeuble abandonné par le Crédit Lyonnais et L’État Français. Vide donc ? Pas vraiment. Le 1er novembre 1999, trois artistes formant le collectif « KGB », investissent les lieux. Rapidement, une dizaine d’autres les rejoignent pour réhabiliter l’endroit. 17 ans plus tard, le 59 Rivoli est devenu un lieu d’exposition et de création artistique. Il attire des visiteurs venus des quatre coins du globe.

porte dorée entrée

Une grande porte dorée, entre les magasins Mac et Delavigne, attire la curiosité des passants. Ils franchissent, hésitants, l’entrée de cet immeuble haussmannien, haut de 6 étages. L’intérieur est un peu délabré, et fait penser à un squat.

Occupé par des artistes depuis 1999, le 59 Rivoli est un lieu d’expositions et de création ouvert au public six jours sur sept. Les résidents ne sont pas rémunérés par la ville de Paris, et doivent donc payer ces ateliers avec leur propre argent. La photographe Anita Savary rappelle qu’ils ont dû « insister auprès de la mairie pour garder le lieu ouvert au public ». Leur principale source de revenu provient des dons des visiteurs et des œuvres qu’ils vendent. A savoir également que sur les 30 artistes du squat, 20 y exposent de manière permanente, et 10 temporairement.

Une multitude d’univers

 

Premier étage du 59 Rivoli

L’amour court les rues

L’atmosphère unique du lieu provient en partie de l’omniprésence de peintures et de graphs. Murs, escaliers, sol, plafond… Tout est recouvert de formes étranges et de couleurs tape à l’œil. Un dragon asiatique aux écailles multicolores s’élève du rez-de-chaussée au dernier étage, suivant les escaliers en colimaçon.

2eme_etage

Les fœtus fluos, marque de fabrique de Sebastien Lecca

Les œuvres semblent avoir été entreposées de manière aléatoire et chaotique. Au deuxième étage, les fœtus de Sebastien Lecca, icônes de la galerie, jonchent le couloir à l’extérieur de l’atelier. La teinte fluo de ces curiosités apaise quelque peu le sentiment de malaise causé par l’absence de lumière dans la cage d’escalier. Une fois la porte de l’appartement poussée, la sensation disparaît. Les pièces, profitant d’une exposition au soleil agréable, sont plutôt bien éclairées. On plonge immédiatement dans l’univers de l’artiste, ses œuvres étant disposées tout autour de la pièce. Mais cette descente en eaux troubles peut vite s’avérer suffocante, tant les pièces sont petites, et les œuvres nombreuses. Il est aussi très facile de se perdre dans les multitudes de mondes, chacun étant propre à un résident.

« Vivant »

 

« Ça sent les épices et la peinture », remarque un couple qui vient d’entrer au 2ème. Sur un bureau, une œuvre a été laissée inachevée. Linda McCluskey contemple sa dernière œuvre sur un fond de musique rock-indie. Avec son Ipad rouge, elle prend sa toile en photo, un pinceau posé sur l’oreille. Elle est l’un des « noyaux durs » du 59, une résidente permanente. Sa spécialité ? Peindre des endroits de Paris, en y apportant sa patte unique. « Place de la Concorde, j’adore ! » commente une mère de famille. Ses peintures, elle en fait des cartes postales, ou des posters, pour pouvoir les vendre. Pour l’artiste, ce lieu représente quelque chose de « vivant ». Une vision partagée par une sculptrice anglaise du troisième étage, qui voit dans le 59 Rivoli une manière de venir à bout de la solitude dans son atelier.

De la vie, il y en a partout entre ces murs. Les petits curieux dialoguent avec les artistes sans retenue. En français, comme dans n’importe quelle langue. Car les exposants de la galerie ne se limitent pas à la France. Entre deux tableaux, il n’est pas rare de voir des touristes échanger avec les « électrons libres » dans une langue étrangère.

« Interdit de fumer » et odeurs épicées

interdit de fumer du 59 Rivoli

Il est interdit de fumer dans l’enceinte du 59 Rivoli. Du moins, en théorie

Des panneaux « interdit de fumer » sont fixés sur les murs. Pourtant, l’odeur d’« épices » se révèle rapidement être du cannabis, fumé par plusieurs artistes, sur plusieurs étages. Une bière à la main, ils arborent leur joint sans complexe, face aux visiteurs, qui ne semblent pas y prêter attention.

Au troisième, un DJ passe des musiques dansantes au volume sonore très élevé, alors qu’un étage au-dessus, l’ambiance est beaucoup plus calme. Sur un fond de Jean-Louis Aubert, les visiteurs découvrent une pièce entièrement aménagée par son « propriétaire ». Une sorte de grenier, où sont entreposées de nombreuses œuvres d’un artiste malgache dans un « bordel organisé ». L’accumulation de tous ces objets exotiques dans une même pièce donne l’impression de voyager dans un autre pays.

La visite se termine au sixième. Plus le visiteur monte, plus les escaliers deviennent lumineux, grâce au puits de lumière du dernier étage. Après avoir fait le tour des ateliers, et être sorti de l’univers de ces artistes étonnants et fantaisistes, le retour à la réalité est dur. Les explosions de couleurs de la galerie contrastent avec le béton gris de la rue de Rivoli.

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