Alexandre Barouzdin, le papa de la tecktonik

 

Jeyjey, Mondotek, Treaxxy… Entre 2002 et 2008, ces noms étaient sur toutes les lèvres. Et pour cause, le mouvement tecktonik battait son plein. S’il a aujourd’hui disparu des boîtes de nuit françaises, son créateur, Alexandre Barouzdin, est loin d’avoir quitté le monde de la nuit.

Le roi de la tecktonik, posé sur son trône © Rémi Yang

Le roi de la tecktonik, posé sur son trône © Rémi Yang

Devant la quantité de café consommée, le serveur s’inquiète pour son client. « Vous allez être très énervé après ça », lance-t-il. Ce à quoi Alexandre rétorque en rigolant : « J’en ai besoin ». Son café allongé à la main, il est pourtant d’un calme olympien. Pas nerveux pour un sou, le « serial entrepreneur » enchaîne les rendez-vous depuis son retour en France.

D’ailleurs, il vient tout juste d’en finir un. Posté comme un mirador au café des Arts et Métiers depuis le matin, l’homme a un emploi du temps très chargé. C’est la proximité de l’endroit avec son logement à Paris qui le conduit à rencontrer ses collaborateurs ici.

« C’est un signe, tu fais de l’art dans ton métier », plaisante Corinne, sa collègue. Et c’est peu dire. Alexandre a créé la tecktonik.

L’explosion de l’aigle fluo

Très célèbre entre 2006 et 2008, ce mouvement mettait en avant de « l’électro hard », couplé à des pas de danse devenus emblématiques. Son symbole, un aigle fluo, était floqué sur tous les habits de l’époque. Pour parfaire la panoplie du tecktonikiller, ou le danseur de tecktonik, impossible de se passer de son pot gel. Les coupes de l’époque ne passaient pas inaperçues. Un comble pour Alexandre, qui n’a pas un cheveu sur le caillou.

Jérôme, plus connu sous le nom de JeyJey, déchaînait les passions sur skyblog

Jérôme, plus connu sous le nom de JeyJey, déchaînait les passions sur skyblog

La création du mouvement remonte à 2002, lorsqu’il reprend les rênes de la direction artistique du Métropolis. « On faisait des soirées de dingue », se remémore-t-il.

A l’époque, il prône un type de teuf qui a aujourd’hui presque disparu. « On mettait en place une ambiance, un décor… Il s’agissait de créer une thématique, un peu à l’image d’une comédie musicale. La tecktonik est née pendant une de ces soirées. Je voulais regrouper tous les styles de musiques électro hard. »

Cette aventure l’amène aux quatre coins du monde. Etats-Unis, Allemagne, Japon, Chine… les boîtes de nuit commandent des soirées tecktonik à la pelle. C’est l’âge d’or du mouvement. « On profitait d’une médiatisation énorme », se souvient Alexandre.

Et puis, en 2008, c’est la décadence. « On est passé de 120 soirées par an à 0. Les boîtes fermaient petit à petit. Le monde de la nuit a été grandement impacté par la crise », analyse-t-il.

Bref, c’est la fin des coudes cassés, des aigles fluos et des crêtes au gel… en France, en tout cas. Car en Amérique latine, les battles de tecktonik font encore légion. « Ce qui se passe au Mexique actuellement, c’est ce que les jeunes d’ici ont connu il y a 10 ans. Ce n’est pas mort là-bas », assure le patriarche du mouvement. Et pour cause, Alexandre et son équipe ont fait un gros effort pour promouvoir leur marque dans « les petits pays », à base de 250 représentations à travers le monde.

Le loup du Métropolis

De cette aventure, le papa de la tecktonik aura beaucoup appris. Tout d’abord, elle lui a permis de se faire de solides contacts dans le monde de la nuit, et sur tous les continents.

C’est d’ailleurs un monde qu’il n’a pas quitté, puisqu’il organise toujours des soirées un peu partout. « Il me suffit de passer un coup de fil, et je peux organiser un truc dans n’importe quel pays », vante-t-il. Un avantage pour lui, qui ne supporte pas la sédentarisation. « J’aime les voyages, c’est ce qui me fait me lever le matin », confie-t-il.

Aujourd’hui, le globe-trotteur vit entre la France, le Vietnam, le Canada, « et bientôt la Chine ». Ce mode de vie, il l’a adopté depuis ses années étudiantes. Son cursus en commerce international l’amène à New York, où il se lance dans la finance en commençant par un stage à Wall Street.

Il passe ensuite plusieurs années entre différentes sociétés boursières en tant qu’assistant trader. A chaque fois, il change de pays. Il a d’ailleurs choisi d’immortaliser son goût pour les voyages sur son poignet, à travers le tatouage d’un planisphère, qu’il arbore avec fierté.

Dans les années 2000, il se lance en parallèle dans l’évènementiel. Ses journées, il les passe à la bourse. La nuit, il organise des soirées dans les plus grosses boites d’Île de France. Par exemple, il est à la tête du concept des « I Fuck New Years Day », des soirées à 5000 personnes un peu avant ou après le nouvel an. « Ma vie tenait sur l’adrénaline », résume-t-il pour justifier son train de vie.

Alexandre et Cyril, les deux fondateurs du mouvement. Photo prise à l'époque de l'essor de la tecktonik © Alexandre Barouzdin

Alexandre et Cyril, les deux fondateurs du mouvement. Photo prise à l’époque de l’essor de la tecktonik © Alexandre Barouzdin

La crise de 2008 aura été fatale à ses deux business. « La surmédiatisation de la tecktonik m’a forcé à arrêter mes activités en bourse », déplore Alexandre.

Pourtant, ça ne l’a pas découragé. Il y a deux mois de ça, il a monté sa start-up, GudLock. Pendant ses années à cavaler partout pour organiser ses soirées, l’entrepreneur a dû faire face à des problèmes de bagages. Pour remédier à ça, il a breveté un système de housse pour valise équipée de scellés, d’antivols, et d’une puce RFID.

Et pour ne pas déroger à sa règle, le roi du monde de la nuit essaie de forcer l’entrée en France d’un nouveau type de soirée, le « raw ». Venu d’Outre-Rhin, il s’agit de créer une ambiance au sein de la boîte, « pour aller plus loin que le simple bar, dancefloor et DJ ».

La première soirée Raw a eu lieu à Lyon, dans l’Usine. Il s’agissait de recréer l’ambiance des films d’horreur via des labyrinthe et des performers. Et si tout ça est possible, Alexandre l’assure : « C’est grâce à la tecktonik ».

 

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