« Ces milliards de mètres cubes d’eau ne sont pas là pour que je les boive »

«  Ces milliards de mètres cubes d’eau ne sont pas là pour que je les boive »

Depuis déjà plus de dix ans, Alain Gachet est capable de trouver d’immense quantité d’eau en plein désert. À l’aide d’une technologie développée par ses soins, cet ingénieur des mines, est déjà venu en aide à des milliers de personnes.

Alain Gachet - Radar Technology International

Alain Gachet – Radar Technology International

J’épluche le pays comme un oignon. C’est un grand jeu ! ». C’est avec le sourire aux lèvres et beaucoup de passion, qu’Alain Gachet explique le fonctionnement de son invention. À 64 ans, cet ingénieur des mines, se décrit lui-même comme étant plus un « trouveur », un « découvreur », qu’un chercheur. Pourtant, cet homme s’est livré à une traque constante tout au long de sa vie. Il a commencé chez Elf Aquitaine où il s’est formé aux techniques de forages pétroliers profonds. Il a ensuite sillonné le globe pendant plusieurs années. Il y a découvert avec succès de nombreux gisements de gaz et de pétrole, tout comme de l’or. Puis, en 2002, en cherchant une nouvelle fois du pétrole pour Shell, il tombe sur une gigantesque fuite d’eau de plusieurs milliards de mètres cube en plein désert libyen.

Ce jour-là, c’est la révélation, s’il est capable de détecter du pétrole, il peut sûrement aussi le faire avec de l’eau. Depuis, Alain Gachet a créé la technologie Watex, avec laquelle il est capable de trouver des quantités d’eau béante au milieu des zones les plus désertiques, avec un taux de réussite effarant. Grâce à cela, il a sauvé de nombreuses vies au cours de ces 10 dernières années.  Il revient dans ces lignes sur cette eau qui se cache sous nos pieds : « prêt de 30  % de fois plus que sur les terres immergées ».

Vous avez vous-même mis au point la technologie Watex, en quoi consiste-t-elle ?

Alain Gachet : J’ai choisi Watex pour « Water Exploration ». C’est un procédé qui utilise un algorithme combinant de très nombreuses données : géologiques, géophysiques, climatiques et d’autres encore. Ensuite, je recoupe tout ça avec des images optiques et radars de la Terre, obtenues grâce à différents satellites. La NASA m’aide beaucoup dans mon travail, en me fournissant des informations capitales. Finalement, j’analyse tout ça depuis ma maison à Tarascon. Je cherche, pixel par pixel sur mes écrans, avant de partir forer. Avec cette méthode, je soulève véritablement la couche terrestre et je regarde ce qu’il s’y cache. Ainsi, je trouve des aquifères de plus ou moins grandes tailles avec des profondeurs qui peuvent grandement varier.

En fonction de cela, on creusera de façon adaptée, en imitant parfois un forage pétrolier, afin d’atteindre les zones les plus reculées. Depuis ma découverte en Libye, mon système ne cesse de prendre de l’ampleur. Je suis déjà parvenu à trouver de l’eau là où personne ne pouvait le soupçonner. D’ailleurs, depuis sa création, j’ai déjà pu prouver son efficacité sur le terrain.

Vous voulez dire qu’on a rapidement fait appel à vous ?

Oui dès 2004, j’ai été contacté par l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR). Ils ont eu vent de mon invention et m’ont proposé d’intervenir au Darfour. Le pays, qui est alors en pleine crise, fait face à une vague de 250.000 réfugiés et l’eau coûte des millions à être acheminée. Après plusieurs mois d’analyse, j’ai enfin été confronté aux réalités du terrain. J’y suis allé, sans aucune certitude. Ça reste de la physique, ce n’est jamais sûr à 100 %. Le forage reste toujours l’instant de vérité, c’est une leçon d’humilité. Mais, mes efforts ont payé et sur les camps de Touloum et d’Iridimi, l’eau a soudain jailli. Alors que rien ne le laissait présager, cette zone désertique cachait finalement des ressources inespérées. Grâce à cela, de nombreuses personnes ont pu en profiter.

Alain Gachet - Radar Technology International

Alain Gachet – Radar Technology International

C’est donc cette découverte qui viendra prouver l’efficacité de Watex ?

En quelques sortes oui. En réalité, c’était un peu le teste « grandeur nature » que j’attendais. Avec l’aide de plusieurs ONG et de l’UNICEF, nous avons creusé près de 1700 puits. C’est ici que je me suis rendu compte que mon taux de succès atteignait les 98 %. Je savais enfin que mon système était viable.

À partir de là, vous enchaînez alors les découvertes ? 

Tout à fait. J’ai continué ma mission au Darfour puis je suis passé, les années suivantes, par l’Angola, le Kurdistan Irakien, l’Ethiopie et le Togo. J’y ai découvert, presque à chaque fois, des terres avec un certain potentiel. Par exemple, au Kenya en 2013, en pleine mission pour le gouvernement et pour l’UNESCO, je suis tombé sur des réserves profondes d’eau potable dans la région du Turkana : près de deux fois le lac Léman, soit 200 milliards de mètres cubes.

Cette trouvaille inattendue, dans une région extrêmement aride a permis la reprise de nombreuses activités dans le secteur, près de 17 villages ont aujourd’hui accès à cette eau. C’est une véritable victoire. Vous savez, l’accès à l’eau permet aux hommes de retrouver leur dignité, de sortir de la pauvreté et de lutter contre la déchéance. Comme disaient simplement les Romains « pas d’eau, pas de civilisation ».

Ça fait déjà plus de dix ans que vous faites jaillir l’eau du désert, comment se fait-il que vos actions n’aient pas eu plus d’échos ?

C’est assez compliqué de vous dire pourquoi. Je ne pense réellement pas que le fait vienne de moi. Je m’attache seulement à continuer mon action au sein de ma société Radar Technologie International. Je ne vous cache tout de même pas que c’est un peu un combat en solitaire. C’est aussi pour cela que j’ai sorti mon livre l’homme qui fait jaillir l’eau du désert, afin de donner plus de lisibilité à mon action. Je continue à avoir de nombreux projets qui me sont proposés et je les accepte la plupart du temps.

Mais ce qui est compliqué dans mon métier, c’est qu’on ne vous croit que lorsque l’eau jaillit du sol. Sans « preuves », il est assez dur de fédérer autour du projet. De plus, de vieilles croyances subsistent concernant l’eau des profondeurs. Elle ne serait pas renouvelable ou bien salée, comme des gens de l’UNESCO ont pu m’avancer. Ce qui est totalement faux, je cherche exclusivement de l’eau potable et renouvelable. Je suis extrêmement attaché au durable, alors que les organisations internationales se contentent d’agir dans l’urgence.

Qu’entendez-vous par là ?

Pour moi, il a deux grands niveaux d’analyse. Dans tout conflits ou urgences humanitaires, c’est évident qu’il faut aider le plus rapidement possible. Mais après cela, il faut assurer un avenir stable, solide, qui durera. Pour cela, il est nécessaire de construire des infrastructures, donner à tous un accès équitable à l’eau. Au lieu de ça, quand on montre des ventres ballonnés, des gens desséchés et du bétail crevé au bord des pistes, l’ONU débloque des fonds instantanément. C’était le cas de la crise du Darfour. Mais regardez aujourd’hui, qui s’en souvient ? Moi, j’ai eu de la chance d’y trouver les 1.700 puits dont je vous parlais tout à l’heure.

Maintenant, il faut agir en conséquence et penser au développement agricole du Darfour, c’est ce qu’on appelle la phase de reconstruction post-conflit. Mais là, il n’y a plus d’argent, plus rien. Je pense que c’est une erreur très typique de nos sociétés occidentales qui vont sur un état émotionnel, acceptant ainsi de contribuer à une action. Mais dès qu’il faut être beaucoup plus rationnel et de songer à construire l’avenir, il n’y a plus personne. Et ça, on en paye les prix, c’est l’immigration qui arrive à nos frontières.

U.S. Navy photo - Mass Communication Specialist 2nd Class Michael Lindsey

U.S. Navy photo – Michael Lindsey

Vous pensez que notre manque d’actions y est pour quelque chose ?

Pas seulement, ces gens viennent surtout de pays en guerre. Mais pourquoi sont-ils en guerre ? Je vais vous dire moi, il s’est passé la même chose en Syrie en 2007 que ce que j’ai vu au Kenya en 2011. Des paysans ont regardé leurs bêtes mourir les unes après les autres, leurs champs totalement se dessécher et leurs récoltes disparaître. Tout cela, après des années de sécheresse. En plus, on le savait, la NASA fait des prévisions par ses satellites météorologiques, comme avec “Modis” par exemple. On sait très bien qu’il y a des endroits où ça va être dramatique. Pendant ce temps-là, quand je trouve 200 milliards de mètres cubes au nord du Kenya, l’ONU me traite de criminel.

C’est pourtant une mission qui vous avait été confiée par l’organisme ?

C’est bien ce qui est hallucinant. Je pense surtout qu’on m’a payé pour chercher, pas pour trouver. Car l’eau, une fois qu’on la localise, créée de nouveaux « problèmes ». Elle est transfrontalière, partageable entre plusieurs pays, plusieurs ethnies. Alors, au lieu de s’attaquer à ces questions-là et essayer de trouver des solutions, on préfère me dire que l’eau que je trouve créée des conflits ou n’est pas renouvelable. C’est insensé. Je transmets pourtant une grande partie de mes données à l’ONU, ils n’ont plus qu’à constater. La réalité, c’est que rien n’est fait. Sois disant, je « compromets les réserves futures ». Mais merde ! L’avenir n’a pas de sens si les gens meurent aujourd’hui. On ne peut pas fermer les yeux. Ces milliards de mètres cubes ne sont pas là pour que je les boive. Je ne supporte pas l’idée d’être le créateur d’un système capable d’alléger les souffrances sans pouvoir l’appliquer.

Department of Foreign Affairs and Trade - Africa Watsan 4

Department of Foreign Affairs and Trade

C’est une sorte de combat personnel ?

Bien entendu. J’ai la sincère conviction que l’eau amène la paix. L’accès équitable à ce bien précieux est la clé de toute reconstruction. On ne peut pas bâtir quelque chose de durable dans l’injustice. Il faudrait une grande volonté politique et économique pour changer tout cela, ce qui n’est pas prêt d’arriver. Pourtant, le futur offre de plus en plus de nouvelles possibilités. Pour bâtir un monde viable, il va falloir chercher les grands points de synergie de demain. Par exemple, les états pourraient forcer les compagnies pétrolières à creuser des puits au moment des forages, comme ça a été fait avec succès au Kenya avec la société Sebsa.

L’eau peut être extraite du sol grâce à de l’énergie solaire et à l’aide d’éoliennes. Il y a une multitude d’autres solutions possibles. Mais, j’ai la certitude que cette eau profonde peut répondre aux défis actuels. Elle peut permettre d’éviter d’utiliser de l’eau polluée de surface ou bien d’avoir à dessaler celle de la mer. Je suis persuadé que mon système peut redonner aux hommes le moyen de leur liberté. Il ne faut pas oublier que certaines régions peuvent en assécher d’autres si elles le souhaitent. Il suffit de couper les robinets en quelque sorte.

C’est ce qui se passe aujourd’hui entre la Turquie et l’Irak. Alors, réussir à donner à ces pays leur indépendance énergétique, pourrait avoir un impact significatif pour demain. En réalité, Watex inverse un peu la phrase du Général De Gaulle, qui écrivait dans Le fil de l’épée : « qui tient le haut, tient le bas ».

 

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